| [Pol] - je crois qu'il s'agit plutôt d'une extension. souvent les idées apparaissent avant et les moyens de les realiser après. c-a-d que Beuys aurait pu l'utiliser (et l'aurait sans doute fait,dira-t-on). la principale difficulté de la sculpture sociale c'est comme pour l'autre, la résistance du matériau. en l'occurrence les cloisonnements sociaux un peu relâchés durant les 70s et drôlement bien reboulonnés après. le net est en phase de croissance dans cette ligne, c'est une expérimentation de "contacts" nouveaux ("corps absent", avec tamaraLai/LoiezDeniel par exemple). il n'est pas académisé toutes sortes de gens peuvent se trouver en situation de se rencontrer et collaborer à une oeuvre. il tend à défaire les cloisonnements pour l'instant parce qu'il présente moins de signes sociaux et de pouvoir comme protocole d'entrée, comme dans la rencontre 'réelle' classique, mais plutot des contenus (enfin, en simplifiant & idéalisant un peu...) et qu'il n'y a pas trop d'enjeux financiers dans l'utilisation que les artistes et les citoyens libres en font. en d'autres termes si l'on visite le sitcom on peut contribuer à une oeuvre de manière amusée, rapide, ou grave, ou autre, voir même sans le savoir, c'est selon. Peuvent y contribuer des artistes estampillés et des gens de tous aca-bits, c'est pareil. Et c'est très bien comme ça. Ainsi la théorie de Beuys se vérifie: il y a de la créativité en chacun, et l'on peut faire des constructions à partir de cela aussi. dans une scène artistique qui fonctionnerait selon ce principe, il y aurait de la place pour tout le monde. la sculpture sociale est un (grand) véhicule on peut y monter pour faire un tour. dans le sitcom Hqm c'est moi qui conduis. mais il y a beaucoup d'autres véhicules. ------------------------------------------- ------------------------------------------- voici une reponse light, si tu la veux heavy, ça continue ;-) ------------------------------------------- ------------------------------------------- variation sur le même thème, oui. cette petite phrase résume mon lien avec. "L'engagement de Joseph Beuys (...) reste un cas isolé de sculpture sociale opérant dans le monde objectif."(Cyril Jarton, Omnibus,avr 98) l'interêt avec Beuys c'est qu'il ne se borne pas à un jeu de représentation de type theatral en milieu protégé, celui de l'art, mais qu'il ex-pose l'art dans d'autres milieux. jusqu'à se mêler de politique, où on ne peut pas le soupçonner de s'être engagé sur des illusions, vu son âge et sa culture au moment où il l'a fait. il opère depuis une position mediatique élevée. (en phase avec les préoccupations des 70s il est connu, on le questionne, on relaie et interpète bref on diffuse sa pensée) il peut faire le shaman avec des actes simples pour une grande résonnance symbolique-médiatique (les deux dimensions sont quasi la même aujourd'hui). j'opère depuis une position moins favorable dans un contexte de blocage des entrées depuis plusieurs années et de verrouillage institutionnel, conformément aux objectifs politiques. je dois déployer l'énergie différemment. provincial, je dois agir sur le terrain où je suis physiquement (je ne suis pas mediatiquement télé-présent) je postule que le public est aussi ici c'est la dimension du local.* internet donne la possibilité d'être téléprésent, moins que les medias, mais de maniere permanente. c'est la dimension du global On peut donc être simultanément local et global. (tiens c'est la double nature que l'on prête aux grandes oeuvres d'art...) *ou alors il n'est nulle part et la scène artistique est une réserve d'indiens que l'on conserve parce que ça fait joli dans le paysage (ce qu'on pourrait déduire de Yves Michaut si on pousse son raisonnement dans ses dernieres conséquences. YM a dit dans Le Monde :"les artistes sont-ils tous a Eurodisney?" il prédit une baisse du rôle individuel de l'artiste tel qu'on l'a conçu les derniers siècles) ou qu'il y a encore quelques 68ards à protéger qu'il faut soutenir jusqu'à l'âge de la retraite . Bref c'est ici que ça se passe. voulant défaire les cloisonnements qui maintiennent chacun dans ses limites et les vaches de l'art sont bien gardées, je m'associe avec des amateurs qui sont la catégorie la plus basse dans le monde de l'art (mais tout de meme répertoriée par raymonde Moulin) ce faisant je cesse de proteger mon statut d'artiste "ayant fait des etudes specialisées", la mince barrière qui me retient de me sentir "artiste amateur breuton" par exemple ;-) pour reposer la question de l'art, de quoi qu'on cause? je tente d'en faire avec des humains non spécialisés (les Murs Baladeurs, en tant que catégorie; dans le sitcom Hqm, c'est "les gosses" d'une part "tout-ceux-qui-le-désirent" d'autre part) le lien avec Beuys, c'est ce qu'on a caricaturé chez lui: il dit qu'il y a de la créativité en chacun (théorie assez largement répandue à l'époque, puisqu'elle a donné lieu à des séminaires en entreprises, sous le terme de "créatique" ) on a traduit qu'il affirmait avec d'autres 'tout le monde est artiste'. c'est une simplification journalistique répandue. les journalistes adorent ce qui flatte leurs lecteurs. en réalité Beuys préconise que chacun fasse preuve de créativité, et qu'on utilise une approche plus esthétique des problemes posés par le fonctionnement de la société. il est contre les technocrates et les approches quantitatives (la suite lui a largement donné raison: vaches folles, pétroliers saouls...) pour ma part je tente d'orchestrer, ou de construire, des contributions individuelles d'une créativité "relative" (gestes sincères de personnes non spécialisées) ce qui devrait fournir une réponse en filigrane et de manière collective à la question "qu'est-ce que l'art". cette réponse ne sera pas forcément gratifiante pour tout le monde. je ne travaille dans ce contexte qu'au travers ce que je parviens à transmettre, c-a-d sur le produit de ma pensée et de la leur, de mes connaissances et de ce qu'ils en intègrent, etc. c-a-d quel est le produit de ce lien de nature sociale (les murs baladeurs, lieu commun, sculpture sociale) avec en plus toutes les "entrées" extérieures à la fois à eux et à moi, mais qui influent quand même, bien entendu. ce qui explique et justifie à la fois les "limites" plastiques des résultats, par exemple. rien n'est consommable dans ce processus. c'est une 'politique culturelle', gratuite, déviante, et je l'espère, pas trop sous contrôle. bref une oeuvre,une proposition de "modèle". comme on m'a déjà demandé si c'est une secte, accusation souvent portée contre un processus organisé à la marge du pouvoir, au cas où tu te le demanderais aussi je réponds non ;-) ceux qui sont capables de créer des cadres les proposent aux autres ensuite ces cadres s'avèrent soit utiles, soit pertinent-théoriques, soit completement inutiles . je crois que ce n'est pas aussi fumeux que les fantasmes de démocratie directe via le net. c'est une construction culturelle à degrés, où chacun peut trouver une place qui lui convient et bien sûr changer de place, évoluer dans la structure. En fait, si la scène artistique fonctionnaient comme cela, il y aurait de la place pour beaucoup plus de gens. Quoiqu'il en soit ce ne serait vraiment pas un mal je suis assez marqué, historiquement, par l'impossibilité d'accès à toute sortes de choses et à des jobs décents pour beaucoup de ceux que je connais, artistes et autres. inutile de m'étendre. Beuys est interessant : il crée un système où il intègre les contributions sans nier la responsabilité individuelle. La notion d'oeuvre est centrale. Le Sitcom Hqm obéit à ces préoccupations, avec les nuances suivantes : la "production culturelle" française que défend catherine Trautman dans les négociation européennes, ou avec les USa, c'est avant tout des TVfilms industriels, (plus ou moins mâtinés d'évangilisation des masses dans le sens social, ce dont chacun peut s'apercevoir en suivant les diffusions hebdomadaires). Là encore ça donne raison à Yves Michaud. la structure de production d'un sitcom est industrielle pas artistique, la création intervenant à un pourcentage maitrisé comme les graisses animales dans la fabrication des hamburgers. c'est le modèle dominant, celui sur lequel se cristallisent des investissements financiers très importants. comme c'est un élément du réel, et que je suis un pintre ;-) je le dépeins, je m'en sers pour faire une oeuvre. l'autorité du projet est cette fois dans les mains des préados du sitcom, qui le tirent forcément vers leur culture à eux, ou leur absence de culture spécialisée, bref vers autre chose qu'un résultat susceptible d'intéresser l'AFAA. En même temps on est dans le réel le plus vif, celui de la classe montante, et son imaginaire, son sens de la vie et du monde, valent autant que le mien, sont aussi important (et me survivront, en définitive). De la rencontre entre eux et moi (moi l'"artiste", comme dirait le petit Prince) quelque chose émerge qui est ce qui de l'art peut maintenant tout de suite être partagé. Et ce partage évolue sans cesse avec la durée du projet. il représente quelque chose comme la carte officielle d'un territoire corrigée de la valeur de l'érosion, des tempêtes et inondations. Beuys admettait aussi une dimension 'pedagogique' dans son oeuvre d'autres sur le net parlent de "compétence sociale" à peu près comme cela : une capacité à énoncer ses buts et ses procédures, à clarifier les choses pour un nouvel arrivant. il me semble qu'une oeuvre actuelle se doit d'avoir un peu de cette compétence. |